Des années 1960 aux début des années 1990, l’âge d'or de l'arboriculture et le mouvement de spécialisation/intensification

Comme dans d’autres régions, les effets des politiques de la « modernisation agricole », mises en place au début des années 1960, se traduisent par une diminution nette du nombre d’exploitations (concentration foncière, retraite anticipée, non transmission familiale, départ des jeunes vers les villes etc.) et la spécialisation dans la filière clé qu’est alors l’arboriculture. Vivacoop est reconnue comme une coopérative fruitière majeure, vue comme « exemplaire » dans cette période (Bozon, 1977), qui traite 20000 tonnes de fruits et rassemble 400 adhérents (et emploie 200 salariés en saison) au début des années 1980 (Lamine et al., 2015). En parallèle, les pentes continuent à se vider en termes de population comme d’agriculture – malgré l’arrivée et l’engagement des néo-ruraux, dans la partie cévenole notamment, où le maintien du tissu rural est l’enjeu majeur pour les acteurs locaux (contrats de pays Joyeuse-Largentière-Valgorge ; cf Dourlens et al., 1986 ; Grasset, 1999 ; Rouvière, 2015). Ce sont des néo-ruraux qui seront par exemple à l’origine des premières coopératives de transformation, comme les Cochons Bourrus, créés en 1986 à Rosières. La partie plateau ardéchois se spécialise déjà dans l’élevage extensif (bovin et ovin allaitant/viande, bovin lait), maintenant un niveau d’écologisation élevé, au contraire des zones de production fruitière, un secteur à cette époque déjà très intensif en intrants de synthèse.

En outre, ce mouvement d’intensification ne doit pas masquer l’émergence des premières initiatives de valorisation de la qualité des produits locaux avec les AOC viticoles et l’AOC Picodon en 1983, qui contribuent à l’affirmation du territoire comme exportateur sur certaines filières (ce, tant de produits « de masse » que de produits « de qualité »). Autre nuance, les politiques publiques commencent, timidement en France, à amorcer leur tournant environnemental (au niveau européen, avec l’article 19 et les MAE ; au niveau français, avec les OGAF), bien que ceci ne concerne alors qu’une petite part de l’agriculture et du territoire.

De toute évidence et même si on manque de données pour l’attester, on est alors dans une période de baisse de l’autoconsommation dans les ménages et de l’auto-suffisance à l’échelle du territoire, d’autant que dans cette période la grande distribution commence à prendre pied sur le territoire comme ailleurs en France.

L’analyse systémique sur cette période, qui se caractérise par un système agri-alimentaire de plus en plus « tiré » par l’aval et la grande distribution, avec un double mouvement de standardisation et de différenciation (émergence des démarches de qualité), met en avant le rôle clé des acteurs de la distribution et de la collecte/transformation (figure ci-dessous).

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