Depuis 2015 environ : la montée de l’urgence environnementale et climatique et des questions de santé et d’inclusion sociale
2015 est l’année de la COP21 et celle du changement de majorité régionale : deux événements clés qui impacteront très directement l’orientation de notre système agri-alimentaire territorial. Avec la COP21, puis une série d’années très chaudes voire caniculaires, marquées par des arrêtés visant à réduire la consommation d’eau, la question du changement climatique devient concrète pour tous, agriculteurs comme citoyens, passe sur le devant de la scène et s’affirme comme priorité des politiques agricoles locales (exemple du Contrat de Transition Ecologique signé en 2019 entre le CD07 et le METS). Le sentiment de responsabilité des citoyens quant à l’impact de leurs pratiques de consommation et les limites de notre modèle (en lien aussi avec les questions du prix de l’essence et des inégalités territoriales associées, exprimées avec force autour des « gilets jaunes » fin 2018) s’accroit très nettement, tout comme les critiques portées à l’agriculture conventionnelle et au système alimentaire dit « industriel » ou « globalisé ». Ces critiques concernent notamment l’usage des pesticides, et leur impact en termes d’environnement comme de santé (des agriculteurs eux-mêmes, des consommateurs et, dans les prises de position de certaines communes en faveur d’arrêtés anti-pesticides, des riverains), mais aussi les pratiques d’élevage et d’abattage et le bien-être animal, et, même si elles sont moins vives en Ardèche qu’ailleurs, influencent les pratiques de consommation. La santé devient du reste une clé d’entrée de plus en plus présente sur les questions alimentaires, au plan sanitaire donc, mais aussi au plan nutritionnel, en lien avec une réorientation des politiques publiques au niveau national (PNNS, restauration collective avec la loi Egalim notamment), et des études au niveau régional ou départemental (ORS 2017, ARS). Ceci est probablement accentué par l’arrivée de nouvelles populations, d’origine plutôt urbaine, sur le territoire. Sur la « longue » durée de notre analyse, l’enjeu santé passe assez clairement d’une entrée sanitaire et d’un paradigme « hygiéniste » (liée aux crises de la vache folle, des hormones etc. des années 1990/2000) à un paradigme « nutritionnel » (et pour certains, holistique, comme en témoigne à plus large échelle le succès d’une notion comme celle de « santé globale »), même si la crise sanitaire du Covid19 risque de générer une nouvelle inflexion (voir plus bas).
Tous ces changements dans les visions, les discours et les débats, font que l’enjeu de mieux (et plus seulement bien) nourrir la population locale revient en force, en lien avec la question de la santé, ici comme ailleurs. Mais, en Ardèche, département le plus pauvre de la région, une spécificité souvent négligée est que l’enjeu d’accessibilité sociale de l’alimentation de qualité est particulièrement fort : les habitants, et en particulier les plus fragiles, ne se nourrissent pas en premier lieu des nombreux produits AOC et Goûtez l’Ardèche de notre territoire, qui semblent de fait plus orientés vers les touristes et consommateurs hors territoire. En outre, nombre des initiatives ancrées dans cette thématique de l’accessibilité sociale sont portées par des réseaux associatifs dont la survie économique est menacée par la baisse des financements publics et en particulier régionaux – contrairement à d’autres régions qui mettent dans les programmes en cours l’alimentation au cœur de leur politique, comme en Occitanie par exemple.
Zoom sur le projet « Alimentation et Développement Territorial » (2017-2019)
Une initiative clé de cette période, révélatrice aussi des difficultés de l’action publique et institutionnelle à mobiliser les forces vives du territoire est celle du projet « Alimentation et Développement Territorial » lauréat du PNA (Programme National de l’Alimentation) dans le cadre de son appel à projets sur les PAT (Projets Alimentaires Territoriaux), porté par la Chambre d’Agriculture en lien avec Ardèche le Goût et le Pays de l’Ardèche Méridionale.
Bien que les actions prévues dans ce projet englobent différents maillons, le cadrage de ces actions (thématique de l’alimentation locale cadrée au travers de l’étiquetage sur les marchés, faible présence de thématiques clés comme l’installation ou la transition des exploitations) et de la gouvernance (non inclusion des acteurs associatifs) conduit à un sentiment de non-reconnaissance des initiatives existantes (Tuscano et al., 2020).
L’analyse systémique sur cette période, qui se caractérise par un système agri-alimentaire enjoint à se reconfigurer pour affronter les enjeux climatiques et sociaux, voit la société civile s’affirmer comme acteur clé, plaidant pour une reconfiguration d’ensemble des liens et articulations entre les maillons du système.
C’est ce qu’essaient aussi d’amorcer les collectivités territoriales en lien avec leurs partenaires agricoles locaux comme en témoigne le cadrage du CTE (Contrat de Transition Ecologique, porté par le Conseil Départemental). Cependant, les forces externes mais aussi les effets de « dépendance au chemin » freinent une telle reconfiguration (figure ci-dessous).